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samedi 13 avril 2013

De Retord en VERCORS

Sur l'idée de Pierre Jullien, professeur d'EPS et en charge de la section ski du collège d'Hauteville, les skieurs de la classe de 3ème sont partis faire une petite rando de deux jours dans le Vercors. Yoan (un autre prof) et moi les avons accompagnés.


L'itinéraire, 1ère étape:

Départ du col du Rousset, passage au pas des Econdus, puis montée pour faire le tour du grand cirque, passage à main gauche direction sud du sommet de Tourte Barreau, col du Pison puis traversée du plateau jusqu'au refuge de Charmaillou (1630 m.)


2ème étape:

Retour sur le plateau et traversée avec le Grand Veymont (2341m) en point de mire, montée raide jusqu'au sommet du plateau à 1900m et descente par le pas de Chattons. Retour par les Econdus.
Les couleurs du levant à 7h


Le matériel:

Traîneaux fabriqués maison avec de vieux skis alpins en guise de patins, une structure en alu et acier, un plateau léger percé de trous tout autour dans lesquels faire passer l'élastique pour serrer le chargement. 2 barres en alus devant rendues fixes par une planchette. Une ceinture large type "Gymnova" à laquelle on fixe les 2 barres par de petits mousquetons.

Et pour aider celui qui tire le traîneau, une cordelette est fixée aux deux barres et reliée par un mousqueton à la ceinture d'un autre skieur devant. Si bien que le traîneau dans les montées raides est tiré par 2 personnes, efficace.
Skis de rando nordique et peaux de phoque. Petit sac à dos pour la journée. Le reste du matériel et nourriture sur le traîneau.

Le milieu naturel:
Réserve naturelle du Vercors, un endroit que je ne connaissais pas et qui m'a séduit immédiatement. Le départ au col du Rousset n'est pas super beau, pentes vierges de végétation et battues par les vents, forêt de hêtre sur les versants nord, ça ressemble un peu à notre plateau de Retord.

Puis dès qu'on monte sur le haut plateau et qu'on aborde les pentes est et sud, le paysage change, on trouve des pins maritimes, un terrain vallonné adouci par la couche épaisse de neige, 2m par endroits! C'est magnifique avec des airs de Norvège.

Les cîmes environnantes sont impressionnantes, le Grand Veymont culmine à 2341m! Et surtout le Mont Aiguille, colonne de calcaire surmontée d'un toit papillon prêt à s'envoler!

C'est la 1ère montagne de France à avoir été escaladée au 17ème siècle grâce à des échelles!

Les étapes :
Le 1er jour sous le soleil, nous nous sommes arrêtés en plein air pour pique-niquer.

Le soir, le refuge nous a accueilli mais la propreté laissait à désirer! A la bonne franquette...

Le poêle ne tirait pas, c'est à peine s'il a chauffé notre antre.

Le lendemain, vent d'est très frais, ciel chargé le matin, pas très envie de manger dehors. Et au détour d'une bergerie, un coin pique-nique sympa!

Il y avait aussi un autre refuge sur le haut-plateau mais difficile d'y accéder!

Vue depuis le toit...

Le deuxième jour, on arrivait vraiment à bien maîtriser nos traineaux dans les descentes et dès qu'on en voyait une, on fonçait! On a fait une descente fantastique au pied du Grand Veymont, slalom entre les pins avec le semi-remorque derrière, sans les peaux sous les skis, la liberté!

J'avais à peine fait 10 pas avec mon traîneau derrière que ça m'a plu. Tout de suite, je me suis vue dans le grand Nord scandinave et plus tard sur la banquise au pôle Nord. Ça me plairait tellement de faire un raid de quelques semaines avec ce type de traîneau, à plusieurs en s'arrêtant dans les refuges sauvages non gardés le soir, de préférence au delà du cercle polaire, en Laponie par exemple! L'effort est tout de même rude.

J'ai traîné mon chargement sur les deux jours en continu car mon coéquipier avait mal au dos. Mais dans le reste des binômes, ils se relayaient dans la journée. Il faut dire qu'au plus haut de notre périple, après une ascension très raide de presque une heure, ça tirait fort derrière les jambes.

Toute l'équipe ravie à la fin de la rando. Je pense que ça a été une belle aventure pour eux, l'occasion de se débrouiller pour faire à manger, gérer ses affaires, serrer les dents quand c'est dur, se serrer les coudes quand ce sont les autres qui craquent, adopter les bons gestes en pleine nature (toilettes respectueuses, eau de source, déchets) et orientation. Restent les images magnifiques et les souvenirs impérissables. A refaire !!!

mardi 19 juillet 2011

ICE TRAIL TARENTAISE VAL D'ISERE




Raconter ce trail, c'est aussi dire: "j'en suis revenue saine et sauve..."
Pour moi qui traîne assez peu mes bottes sur les trails de Rhône-Alpes, mon expérience se limitait à des courses réalisées le plus souvent par beau temps et où seules mes sensations très personnelles et égocentriques avaient place.
Partie avec le sourire ! Christine Oguey Diaque est devant moi. Elle va faire une montée d'enfer mais je la rattrapperai 2h plus tard.


Rien de tel à Val d'Isère ce dimanche 17 juillet! Arrivée la veille, j'avais en tête la météo assez mauvaise annoncée avec pluie et vent et éventuellement quelques grains de grêle. Et sur un tel parcours, il y avait de quoi se faire du souci quant aux vêtements à emporter; nous devions gravir l'Aiguille Pers à 3400m sur une longue arête et la perspective de se geler au vent m'est venue rapidement à l'esprit. Cela s'est révélé pire que prévu!

Pourtant au moment de partir, le ciel était à peine traversé de nuages, il faisait encore doux. J'étais en manches courtes, short. Dans mon sac à dos, le matos obligatoire que l'organisation préconisait. Malgré une entrée dans l'enclôt de départ avec pointage, j'ai vu des gens avec une simple gourde autour du ventre. De la folie quand on sait quelles seront les conditions 1h30 plus tard!! Un peu de légèreté de la part des organisateurs?

Le départ est donné direction le Manchet. Je ne sais pour quelle raison obscure tenant autant de la dyslexie que de l'écervelée, je croyais que la vallée du Manchet était le chemin de retour... M'en étant rendue compte la veille, j'ai dû revoir tout le parcours sur carte pour le remettre à l'endroit dans ma tête. Plus de 300 concurrents prennent le départ et tous sur le 33km puisqu'en raison de la météo, l'organisateur s'est résolu à annuler le grand parcours passant sur le glacier de la Grande Motte. Sage idée!

Le parcours s'engage donc dans la vallée du Manchet, ascension du col des Fours avec 2 portions raides. Puis descente pour retrouver la route du col de l'Iseran que nous longerons sur 2km. Ensuite de nouveau ascension hors sentier sous l'aiguille des Pers, légère descente à flanc pour rejoindre le col des Pers à 3000m. De là, nous suivrons l'arête qui mène au sommet à 3400m et nous reviendrons sur nos pas jusqu'au col en double sens. Puis descente jusqu'au sommet du col de l'Iseran avec dernier ravito. Dernière ascension du col des Leissières en passant par le tunnel et retour dans la vallée de Val d'Isère par la face de Solaise.

Encouragée par une forme grandissante, ma tactique est de partir assez fort pour ne pas me laisser distancer par les meilleures. Sur le long plat de la vallée tout se passe bien. Mon coeur bat un peu vite et je me résouds à marcher dans les premiers lacets pour calmer tout ça. En revanche, je cours dès que je le peux. La forme n'est pas au top, je dirai 7 sur 10 à cause d'un vendredi passé accroupie à oeuvrer pour la bonne cause. Les jambes sont bonnes mais sans plus. Je suis assez exigeante maintenant! Dans ces cas-là, je me dis que ça peut changer en cours de route et ça changera effectivement!

Le sentier est très agréable jusqu'au refuge des Fours, un peu raide mais sans plus, mon rythme est bon et je passe au col en 1h35 environ. C'est à ce moment-là que la pluie se met à tomber sans discontinuer, drue. Au loin, je vois le 1er ravito, la route du col de l'Iseran et les concurrents qui s'étirent, petits points de couleur dans la brume.

Passage au col de Fours en 1h35

J'arrive bien mouillée au ravito où je bois un coca et mange une banane. Puis j'attaque la portion de route du col en plat bien montant. Ce pourcentage que je n'aurai pas pu faire en courant il y a 2 semaines, je l'avale en trottinant tout en poussant sur mes bâtons, le mollet gauche tire un peu mais le coeur reste bas à 147. Nickel!

Au moment de prendre le chemin dans la montagne, je décide de m'habiller. J'enfile mon sous-pull technique pour conditions chaudes et je repars, ce n'est pas le moment de prendre froid, le parcours est encore long et difficile! Mais la pluie tombe tellement fort que je suis rapidement très mouillée et je commence à avoir froid aux mains. L'effort ne suffit pas à me garder au chaud, l'altitude se fait sentir, j'ai un peu faim, mes jambes alternent entre dynamiques et molles, je fais tout pour rester dans le coup, je bois, je grignote un peu. Le chemin monte dans les rochers érodés par les derniers glaciers sur un parcours balisé hors sentier, très intéressant, technique et réussi! Mais le vent souffle et accroît la sensation de froid. Je m'arrête de nouveau pour mettre mon coupe vent qui se retrouve trempé après quelques minutes. C'est le genre de K-way idéal pour la pêche aux moules en Bretagne... Je regrette soudain les gants et le bonnet sortis du sac et laissés dans la voiture ce matin... Je cache mes mains dans les manches et continue de monter à un bon rythme, il faut se réchauffer!!!

A un moment, le chemin redescend. Nous ne voyons rien dans le brouillard, il faut être très attentif pour suivre le balisage au risque de se perdre... Courir en descente me réchauffe un peu. Secrètement, j'espère qu'ils ne nous feront pas monter à l'Aiguille car j'ai peur de ne pas y arriver dans mon état. Mais au col des Pers, les gars me disent qu'on peut monter... Ok, allons-y. A ce moment-là, je vois des concurrents descendre en courant à l'aise, à leur allure, ils semblent être dans le peloton de tête. S'ils n'en sont que là, me dis-je, combien de temps vais-je mettre pour arriver en haut, dans ce vent, ce froid, cette pluie qui giffle??? (Je mettrai 30min pour aller du col au sommet, 3h34 depuis le début)

Et des idées me viennent en vrac à l'esprit : "arrête-toi!" ce à quoi je me réponds :"JAMAIS !"

"Ok, me dit le petit diablotin de mon esprit sur un ton goguenard, dans ce cas, ne te plains pas d'avoir froid!!" Et c'est vrai qu'il ne faut pas se plaindre. Se plaindre, gémir c'est subir les conditions extrêmes et c'est la porte ouverte à l'abandon. Et là, dans cette montagne abrupte, avec des rafales violentes de vent, la pluie qui cingle le visage, qui ruisselle au point de me mouiller entièrement jusqu'au slip, avec des grains de grêle qui fouettent les jambes, le visage qui se crispe, le rictus pour supporter le froid, il n'est pas question d'arrêter. Pour aller où? Personne n'est capable de me donner des vêtements chauds et secs, personne n'est capable de m'aider, s'arrêter c'est l'hypothermie assurée, c'est mourir, pensé-je en moi-même.





La descente du col des Fours où il fait encore bon. Après cela, impossible de prendre des photos : mains gelées!
Et c'est à partir de maintenant que la course prend une tournure différente pour moi et certainement pour beaucoup d'autres aussi. La brochure du trail disait : "Vous avez les jambes... mais aurez-vous le mental?" Ah Ah Ah... Je n'ai pas la force de ricanner, juste de mettre mes mains au chaud sous les aisselles, d'avancer un pied devant l'autre et d'arrêter de me dire qu'il fait froid. Le mental entre en effet en action sous la forme de l'instinct de survie. Comme je le disais plus haut, s'arrêter (abandonner) c'est mourir (j'exagère à peine) ou souffrir terriblement. Quitte à souffrir, autant le faire en bougeant, toujours, en avançant et en serrant les dents. L'altitude est encore plus aigüe à supporter pour les muscles, quand je lève le nez, la tête me tourne terriblement et je vacille. Le vent souffle en rafales violentes, il pleut très fort et parfois je sens quelques grains de grêle me fouetter les oreilles. J'arrête de me servir de mes bâtons car mes mains gèlent sur les poignées et je monte finalement mieux sans. François revient sur moi de l'arrière après quelques problèmes gastriques et me confirme qu'aucune autre femme ne me menace en revenant. Je suis contente de le revoir, je me faisais du souci en pensant qu'il s'était peut-être fait mal quelque part. Je lui demande de me donner un Sporténine et n'ayant pas la force de le prendre dans mes doigts gourds, il me le donne à la becquée comme à un bébé. Ca me fait du bien mais il faut quand même lutter contre le froid. Le vent c'est une chose mais quand on est trempé, c'en est une autre. Je ne pense plus à ma performance, seul l'objectif de rester au chaud me pousse à marcher vite. Les concurrents que nous croisons et qui reviennent du sommet nous disent qu'il y a encore un bout avant d'y arriver... Ne pas y penser, avancer, avancer. Eviter les chutes sur les plaques de neige glacée en dévers, ne pas trébucher quand il y a le précipice juste à côté, garder les mains serrées contre soi car le moindre écart fait entrer l'air glacé et croyez-moi ce sont des gestes vitaux!

Enfin nous arrivons au sommet et je n'ai pas envie de crier victoire, seulement de me dire: "enfin!" Là nous trouvons 3 volontaires bien habillés mais dont je n'envie pas la place! Rester planté plusieurs heures dans cette tempête, c'est presque plus inhumain que notre ascension! J'échange quelques mots avec eux en plaisantant (je ne peux pas m'en empêcher) je regarde mon équipier et je m'aperçois qu'il est en bien mauvaise posture: ayant oublié son coupe-vent, malgré un bonnet et des gants, il est en hypothermie. Je l'encourage alors en lui disant que le plus dur est fait et que nous allons vite partir d'ici. Désormais notre objectif est de fuir cet enfer le plus vite possible! Je ne rêve que d'une douche chaude et de vêtements secs!

En redescendant j'encourage aussi tous les gens que je croise et qui en bavent autant que nous, ils ont tous le rictus du froid sur le visage. Et le fait d'encourager, d'aider les autres par la parole me fait oublier mes propres difficultés. Et je me sens pousser soudain des ailes, ma voix porte haute et claire dans l'air froid, mes muscles durcit par le froid sont insensibles et je peux donc attaquer en descente sans ressentir de douleur. Je suis encore loin de l'hypothermie car j'ai une couche adipeuse certaine! Mais d'autres n'ont pas cette chance... Au col j'étais 5ème dame et je vois 2 femmes abandonner dans la descente pour hypothermie, j'en double une autre et je me retrouve finalement seconde de retour au col. Seconde! Qui l'eût cru? Raison de plus pour voler de plus belle en dévalant la pente! Les 2 bouchées de barres que je mâche ont du mal à passer. Je double un certain nombre d'hommes et je continue sur mon rythme, rien ne peut m'arrêter. François me suit de loin mais il est toujours là.

Je pense à ma soeur, à son accueil chaleureux la veille et au petit mot laissé sur la table que j'ai emporté dans mon sac et qui dit ceci: "MERDE pour la course. Et YALAA pour la victoire!!" Oui, Yalaa !! Je fonce tout en pensant aux mots d'encouragements de mes proches et ça me porte.

J'arrive au col de l'Iseran où la soupe chaude à laquelle je pense depuis un quart d'heure me brûle la gorge. Quel délice!!! C'est déjà ça et c'est tellement! Les bénévoles nous encouragent avec chaleur. François tremble tellement qu'il renverse la soupe sur ses gants. Il se questionne encore à savoir s'il abandonne ou non. Puis, le brouillard se déchire et on aperçoit le haut du col des Leissières tout proche. Réchauffé par la soupe, il se décide pour continuer et nous y allons.

Je crie de joie en voyant que ce col est minable par rapport à ce que nous venons de gravir! Je crie de joie dans la montagne en disant que c'est bientôt la fin et qu'on va pouvoir se doucher!! Et nous grimpons à l'assaut de la pente dans les gravats d'ardoise. Arrivée au tunnel en 20min, je serre le bras de François en le félicitant de son courage pour s'être accroché jusque là. Ceux qui le traversent avec nous ont les mêmes mots.

Nous débouchons sur la vallée de Val d'Isère et il reste la descente finale, plus de 1000m de dénivellé sur un parcours mi-sentier, mi hors piste montagnard et sauvage, magnifique! Nous gagnons quelques degrés à mesure que nous perdons de l'altitude et ça va très vite mieux.

Je m'applique à adopter la technique de descente que j'ai vue chez un autre concurrent en montagne et cela va vite. Vite sans faire mal. Nous doublons encore des concurrents. En fait, certains ne sont pas montés à l'aiguille des Pers et ont préféré éviter l'enfer. C'est pourquoi je double des femmes mais qui ne sont en fait pas devant moi au scratch. Dans la pelouse alpine, nous marchons sur des joubarbes, des raiponses, des pieds de chat, l'herbe est très verte, adorable. Il pleut toujours, le brouillard noie le paysage et nous attaquons enfin la face de Solaise sur la piste de VTT. Plus nous descendons, plus c'est boueux. A un moment, je veux franchir un pont de bois et au moment où mon pied va se poser, je me dis "Mais... un pont de bois mouillé, ça glisse..." et vlam, je me rétame à plat ventre! Pas de mal, on rigole!

La brume se déchire juste au moment où nous arrivons à la station, le dernier sentier dans la forêt de mélèzes est hyper glissant puis c'est l'arrivée où nous nous donnons la main pour sceller une course difficile où nous avons eu besoin de mobiliser d'autres choses que notre seule force physique.



L'arrivée main dans la main

5h24 pour 33km. Les forces vitales et mentales ont été plus que nécessaires, nous avons développé l'aspect psychologique non pour aller plus vite mais pour continuer à avancer afin de ralier l'arrivée, la sécurité, la chaleur plus vite. Certains n'ont pas pu le faire, soit par manque de matériel adapté, soit parce qu'ils ont craqué. Je compatis.

Et la douche a été excellente! Quel bonheur! Dans le plus grand parc aquatique des Alpes! J'ai échangé mes impressions avec d'autres coureurs qui partageaient mon avis : là haut, c'était l'enfer!

Nous avons attendu un certain moment pour la remise des prix car du fait que certains n'étaient pas montés tout en haut et que les pointages avaient été un peu légers, le classement était faux. Pas pour les 30 premiers mais pour les autres. J'en connais certains qui ont été "volé" de leur victoire. Je termine finalement 2ème, une place que j'apprécie à sa juste valeur et que je n'aurai jamais espérée. La 1ère Virginie Gauvignond est en 5h14 et la 3ème Christine Oguey Diaque termine en 5h45.

J'ai été très gâtée par les organisateurs grâce à ma seconde place au scratch et ma 1ère place en V1 : un collant 3/4, 2 paires de chaussettes, un tee-shirt technique BIONIC, 1 kilo de Beaufort et 1 forfait journée sur le domaine. Génial!

Chez les hommes c'est l'excellent, talentueux et très sympathique Damien Vouillamoz qui s'impose en 3h32 !! Il nous a raconté sa course : il n'a pas eu froid sur le sommet des Pers (merci sponsor!) grâce à ses bons vêtements mais il a souffert d'un coup de pompe au tunnel où Alexis Traub l'a rejoint. Ils ont fait la descente ensemble et Damien le devance de 42 petites secondes! A la régulière! Le 3ème Clovis Dalban Moreynas pointe à 12min.



De d à g : Christine, Virginie et moi.


Je remercie l'organisation de l'ITT pour sa générosité et sa sympathie, les bénévoles pour leur courage, Pascal Pierrain alias Photogone pour son aimable accord sur les photos et j'espère être là l'an prochain pour la seconde édition. C'est une très belle course qui mérite son appellation de plus haut trail d'Europe et c'est en cela qu'elle est attirante!


Ar'vi pa!

lundi 27 juin 2011

MONT BLANC MARATHON




Raconter une énième course n'est pas si intéressant pour moi si je ne donne pas la tendance, l'atmosphère, l'ambiance qui l'a précédée.


Venue déjà 3 fois sur le cross du Mont Blanc depuis 2008 et après une expérience agréable en marathon trail en Ubaye en août 2010, je m'étais inscrite pour la course de Chamonix en septembre 2010, sûre de cette façon d'avoir un dossard! Et obligée de me préparer pour le faire!!


En vue de cette belle course, je me suis donc préparée un peu plus sérieusement que les années précédentes. Ce qui signifie que j'ai fait plus de sorties longues (+ 2h), plus d'endurance et que je l'ai bien supportée. Des sorties longues et du dénivelé bien-sûr. Le trail du Gypaëte (30km) m'a permis de faire une bonne préparation début juin. Et seulement quelques séances d'intensité pour peaufiner la forme : 1 séance de seuil et 2 de VMA. Pas de quoi fouetter un chat mais bien suffisant à mon goût. Le tout étant de ne pas tomber dans l'excès de fractionné. Rien ne m'énerve plus que ces dossiers "entrainement clé en main" fleurissant dans tous les magazines de running où les intensités tiennent, à mon avis, beaucoup trop de place. Il faut bien se rendre compte que la plupart des gens se mettant à la course à pied n'ont absolument aucune notion de physiologie du sport et ce ne sont pas ces articles qui viendront combler leurs lacunes.


La base de tout c'est l'endurance fondamentale 1. Pour 90% de l'activité. Et pour les 10% qui restent, ce sont les courses et les séances spécifiques d'intensités. Point barre. Et dans mon programme d'entrainement de cette année, c'est ce rapport qu'on y trouve. Mes semaines totalisent entre 4h et 10h, le dénivellé de 1200m à 2500m par semaine, voilà pour les détails.


Comme je suis une petite cylindrée, j'ai besoin de qualité. J'ai donc réussi à faire les séances longues sans me fatiguer ni le corps ni l'esprit mais en étant certaine toutefois qu'elles soient très efficaces pour ce que j'en attendais.


Samedi en début de soirée, me voilà à Chamonix par un temps superbe. Le cross vient d'avoir lieu, la première dame espagnole a fait un temps magnifique et elle promet cette jeunette! Mais je déplore qu'il y ait si peu de femmes au départ de cette épreuve! En 2008, il y en avait plus!


Mon souci pour le moment est de trouver une paire de bâtons car j'ai oublié les miens et il n'est pas question de faire ce marathon sans bâtons, en bonne fondeuse que je suis! J'entre dans le 1er magasin que je trouve, chez Sanglard... excusez du peu et je prends ce que la dame me propose, des bâtons en alu de ski alpin... Je ne vais pas faire la difficile en plus!


Ensuite, direction le centre sportif pour retirer le dossard. Une fois ces formalités accomplies, je peux profiter de ma soirée toute seule!! Chamonix c'est MA vallée parce que j'y suis née et qu'en tant que Chamoniarde native, je garde une nostalgie et une fierté d'être née ici.


Je loge à l'hôtel "des randonneurs" à Argentière. Les années précédentes, je dormais sous la tente mais cette année j'avais envie de mon petit confort... Il propose, et ce doit être les seuls de la région, la nuit à 15€ en dortoir! Ils ont même avancé l'heure du petit-déjeûner pour les coureurs du marathon à 5h15. Très sympa! Ensuite je vais manger en ville. Cet hiver, j'ai gagné une course régionale de ski de fond à Vallorcine et comme récompense, j'ai gagné une veste polaire et diverses petites choses qui m'ont fait plaisir dont un bon gratuit pour manger dans un resto du coin. C'est un super resto où je vais déguster un hamburger maison garni de confiture d'oignons absolument délicieux et des pommes sautées à l'ail encore plus sublimes! Pour accompagner le tout, un demi de bière et la conversation intéressante et charmante d'un autre client single assis à côté de moi.


Couchée à 22h, le sac est prêt, je m'endors sans penser au lendemain.


Le problème des dortoirs c'est qu'il y a toujours des gens pour se lever avant vous et faire du bruit. Quel intérêt de prendre sa douche à 4h30? Bref... Je ne suis pas à la bourre comme l'an dernier et j'ai le temps de m'échauffer un peu avant de partir. Je suis la seule à le faire dans les rues! Tout le monde semble vouloir s'économiser...


Il y a un monde fou sur la place Balmat et j'attends mon accompagnant, François, qui a voulu faire cette course avec moi pour en faire le récit ensuite dans Trail endurance mag. Quand il m'a proposé ce projet, j'ai d'abord hésité car je me disais qu'étant coureuse lambda de niveau très moyen, je n'étais peut-être pas la mieux placée pour témoigner. Puis j'ai posé mes conditions : qu'il ne me colle pas trop sur la course car j'ai du mal à supporter quelqu'un dans les pattes pendant 6 heures et que je donne mon aval pour les photos. Une fois les règles établies, j'ai accepté. On a fait le trail du Gypaëte par équipe de 2, quelques séances d'entrainements dans le Colombier. Mais je veux rassurer tout le monde : je suis quelqu'un de très moyen avec certes un passé de sportive de haut niveau mais tout ça est très très loin! En course à pied, je n'ai ni le profil d'une pro ni les ambitions. Je ne demande qu'à me faire plaisir comme je l'ai toujours fait pendant toute ma vie!


On s'est donné rendez-vous à 6h45 au pied de la statue mais personne en vue! A 6h50 je vais me placer dans la foule du départ mais je suis déjà loin derrière. Et je ne me doute pas que je fais une grosse erreur... J'aurai dû me faufiler le plus loin possible devant, on verra pourquoi plus loin.


Je prends une photo au départ, je suis sereine, j'ai une confiance totale en mes capacités, je sais comment gérer ma course et je rêve de faire moins de 6h. L'ambiance est folle, on danse sur les Black Eyed Peas et le départ est donné! Je vais mettre 2 minutes pour arriver jusque sous la banderole du départ... Ensuite nous partons en petites foulées dans les rues très fraîches de la ville où beaucoup de monde nous applaudit. J'ai les mains froides mais cette fraîcheur est agréable en prévision de ce qui nous attend dans 4 heures en plein soleil, juste au dessus! J'ai vu des gens avec le même genre de bâtons que moi, je me sens moins bête... Pourtant, malgré la difficulté du parcours, moins de la moitié des concurrents emporte des bâtons, sans doute parce qu'ils ne savent pas s'en servir. Ce n'est pas une critique, c'est juste qu'une paire de bâtons pèse lourd et que ça représente aussi une dépense énergétique supplémentaire. Mais certains préfèrent sans.


Côté machinerie, les jambes tournent bien, le coeur est ok, pas de sensations de jambes lourdes ou de muscles saturés d'acide. Les 10 premiers kilomètres sont faciles et vallonnés puis on entame une petite montée vers le col des Montets, on redescend sur Vallorcine jusqu'à la frontière suisse dans le trou. Et à partir de là commence l'ascension du col des Posettes, 1000m de dénivelé, raide au début puis sur des pistes de ski sur la seconde moitié. Au col, un joli sentier dans les alpages mène à l'aiguille des Posettes, point le plus haut de la compétition. Ensuite, on redescend aussi sec ce qu'on vient de monter avant de reprendre le chemin qu'emprunte le cross du samedi. Et la dernière partie slalome entre les pins et les mélèzes sur le versant ouest, quitte la forêt sous la Flégère, le chemin monte alors droit dans la pente "dré dans le pentu" comme on dit par là et mène au télécabine de la Flégère. Dernier ravito et les cinq derniers kilomètres se déroulent sur un sentier "single track" avec moults rochers à enjamber et c'est bien ça le plus difficile, éviter les chutes quand on a les forces qui déclinent. Et pour finir en beauté le dernier mur, 1km très raide avec des cailloux qui roulent sous les pieds à la fin, les muscles qui brûlent et la fabuleuse sensation de soulagement quand les jambes franchissent la ligne d'arrivée!


Côté stratégie, j'ai prévu de partir à la même allure que l'an dernier c'est à dire tranquillement sans faire monter le coeur et de passer dans les 1h30 à Tré le Champ. Si je veux pouvoir franchir la ligne d'arrivée en moins de 6h, c'est le plan de marche qu'il faut respecter. Mais très vite, je vais me rendre compte de mon erreur du départ. Partie dans la foule, je vais rester avec la foule longtemps et subir les désagréments que cela engendre: ralentissements dans les passages étroits, arrêt de plusieurs minutes parfois, de quoi trépigner d'impatience! Et me faire perdre du temps. Alors oui, on est tous dans le même train mais ça fait ch... quand même! Du coup, je passe en retard à Tré le Champ mais j'arrive dans les temps à Vallorcine : 2h09. Ce sera la seule fois de la course où je suis dans mes temps. Mais ça me redonne le moral. Pour arriver jusque là, je suis passée sur les pistes où j'ai gagné cet hiver. J'ai aussi absorbé une topette de Punch Power en vue de la 1ère difficulté : le col des Posettes. Au ravito au pied du col, je mange de la tomme sur du pain et je manque m'étouffer. Je bois beaucoup de boisson énergétique, je me passe le visage à l'eau froide. Le soleil n'est pas encore là, la rosée perle sur les pelouses, un orchestre de percussions nous accompagne à la sortie du village et hop à droite, la montée commence. Et je manque de m'étrangler : ça fait encore des bouchons, on monte à une allure de tortue en file indienne, je sens que les concurrents ont peur de ces 1000m de dénivelé et y vont doucement. Pas moi. Je prends la résolution de doubler le plus possible. Ca me prend de l'énergie car il faut plus souvent grimper sur les rebords du chemin, enjamber les cailloux, s'excuser de demander pardon, ne pas bousculer les concurrents dépassés, être obligé à certains endroits de suivre le rythme minimal et ça m'agace. Mais tant que le chemin monte raide, on avale plus rapidement les courbes de niveau. Puis, à mi pente, on débouche sur les pistes de ski et c'est dans cette partie que je vais perdre du temps. Ce n'est ni raide ni plat, une sorte de faux plat à la con où je ne peux pas courir tout le temps et où j'ai l'impression de faire du sur-place en marchant. Ce col finalement pas si dur que ça, je vais le gravir trop lentement, en 1 heure (sur la courbe de mon cardio Suunto, il est nettement établi que je n'étais pas dans la plus rapide allure) et quand je débouche au col, j'ai plus de 20min de retard sur le plan de marche. Et c'est ce plan qui me permet de rester motivée, de toujours avancer plus vite, d'avoir ce moteur pour objectif et d'éviter les passages en roue libre. Toujours rester sur le fil, ne pas me relâcher. Heureusement, la vue éblouissante m'apaise un peu: le glacier d'Argentière, l'aiguille du même nom, l'aiguille verte, le ciel pur et bleu, le soleil déjà écrasant et un chanteur à la guitare qui nous remonte le moral en interprétant (très bien) les standards rock : Johnny, Joan Jet, Queen...









On boit comme si on avait soif!



Quelques verres d'eau, une topette pour éviter les crampes en vue de la prochaine (et seule) descente et me voilà repartie. Et là, je n'y crois plus. Je pensais mettre un coup de collier jusqu'au sommet de l'aiguille mais c'est encore pire que dans la montée : ça monte à la file indienne tout doucement, mon fils de 7 ans irait plus vite, j'en suis sûre! C'est trop agaçant, je trépigne d'énervement quand je ne peux pas passer, de nouveau il faut enjamber les rochers sur le côté, demander pardon, gna gna gna... J'évite de trop couper les virages car il y a toujours des imbéciles pour s'en plaindre, pour le temps que ça me ferait gagner... Bref, vous l'avez deviné, je suis grognon contre l'allure d'escargot et surtout contre moi-même car c'est ma seule faute de m'être placée si loin sur la ligne de départ... Je n'imaginais pas les conséquences que ça pourrait avoir sur ma petite performance. Quand on veut faire un temps sur une course, il faut mettre tous les atouts de son côté !



Enfin, enfin! La descente est là et je tiens à ne pas me laisser ralentir cette fois. Je peux m'appuyer sur mes bâtons quand je saute, quand je franchis des rochers mal équilibrés, ça amortit et ça me fait moins mal aux muscles, aux genoux, leur aide est très conséquente. Suivie d'une autre concurente, nous faisons une bonne descente et doublons beaucoup de monde. C'est à partir de ce moment que je vais avoir cela en tête : doubler le plus de monde possible. Ca me rappelle mon premier cross ici en 2008 quand nous nous étions trompés d'itinéraire et qu'en retrouvant le chemin en dernière position, j'avais dû remonter presque 500 personnes! J'ai tout vécu sur ces épreuves : la bonne forme, l'erreur d'aiguillage, la craquante. Ca forge le caractère.



Dans la descente, nous échangeons quelques mots avec cette femme et je blêmis quand elle me dit qu'elle est en retard sur ses temps de 2010 quand elle avait fait 6h57... (Cette année, elle mettra 6h54!) Je n'ose pas lui dire ce que j'envisageais pour moi... Cette fois, pas d'erreur possible, je suis sérieusement en retard sur mon plan et ça me contrarie beaucoup. Plus question de se laisser aller. Même si je ne me suis guère laissée aller depuis le début.


La descente se fait rapidement grâce à des marches d'escaliers grossières qui nous font perdre de l'altitude, j'ai mis 30min environ pour dévaler les 1000m. Mais je ne suis pas dans la meilleure humeur quand tout à coup je retrouve François au passage du Tour. Il m'explique ses déboires avec force gestes et excuses : n'ayant pas pu monter la veille comme prévu, il a crevé sur l'autoroute ce matin et est arrivé à la bourre au départ, d'où notre rendez-vous manqué. Mais il a été plus malin en allant se placer au départ avec les meilleurs. J'aurai bien aimé avoir ce conseil... Quand je le retrouve, je ne pensais plus du tout le revoir un jour sur cette course! Je suis concentrée sur ma déception de savoir que je ferai pas ma course en 6h et sur le fait que je dois m'accrocher et continuer malgré tout à accélérer et à remonter le plus de monde possible. Quand j'ai une femme en ligne de mire, je mets un point d'honneur à la doubler. Du coup, l'irruption de François dans ma course me déconcerte, surtout qu'il me parle d'autres choses que ce qui me turlupine à l'instant. Je lui parle un peu de mon parcours jusqu'à présent, après tout il est là pour écouter ça... Mais je limite les échanges, je veux rester concentrée sur mon effort. En tout cas, pour le reste de la course, il respectera le fait de rester discret derrière moi et en échange, je lèverai la tête quand il me prendra en photo...


Mais me voilà à Tré le Champ pour l'ultime gros ravitaillement. J'en suis à 4h35 de course. L'an dernier, j'avais mis 1h35 d'ici pour ralier l'arrivée mais je n'avais pas ce détour de 2h par les Posettes dans les pattes. Pourtant je vais tout faire pour finir le plus vite possible. Même si je sais que je ne peux pas le faire rien qu'à cause de la fatigue déjà accumulée, j'ai envie de croire que cet impossible est possible. J'avale 3 verres de boisson, 2 verres d'eau, une banane, une barre de céréales au chocolat et je repars.


Mais je me sens comme après un gros repas de famille le dimanche après-midi à 16h, l'estomac lourd, les jambes en coton. Je décide alors de laisser passer ce moment de faiblesse en marchant à allure modérée, le temps que l'estomac fasse son travail et que l'organisme se mette de nouveau à alimenter le diesel en carburant! C'est à ce moment que François me dit que j'ai une bonne allure. C'est vexant! Je dirai plutôt que je me traîne. Juste après, il m'encourage en disant la phrase qui tue:"Allez, on y croit!". Je l'arrête net en lui conseillant toute autre expression sauf celle-ci. Bien-sûr que j'y crois! Si je n'y croyais pas, je ne serai pas là, non? Je sais, je suis chiante mais c'est encore pire quand je suis en plein effort! Heureusement François se montre compréhensif et patient...




La montée sous la Flégère avec les Drus et l'aiguille Verte en fond d'écran... Fantastique!

Et cette portion écrasée de chaleur dans la forêt avant d'arriver aux Chézery me parait très longue. J'attends la montée vers la Flégère avec impatience, j'ai hâte d'en découdre avec cette dernière partie! Je tète un petit coup au camel back et m'y voici enfin. Je ne sais pas pourquoi mais il y avait deux endroits de la course qui m'attiraient: cette montée avant la Flégère et les 5 km qui suivent. Peut-être parce que je les connais mieux et parce qu'ils représentent surtout des défis véritables à relever. Tout en montant à bonne allure, j'apprécie d'avoir l'aide de mes bâtons car s'il y a bien un endroit où ils me sont d'une aide précieuse, c'est là, en plein cagnard, sur ce chemin raide et interminable où je vois un serpent de concurents devant moi que je vais dépasser, c'est sûr!! Effectivement je double beaucoup de monde dont des concurrents affalés par terre victimes de crampes, d'un coup de barre, d'un départ trop rapide. J'encourage certains car je sais ce que c'est ! Ce sont des moments de grande souffrance, de grande solitude où on se retrouve face à soi-même, à ses propres erreurs qui nous ont conduit là et après lesquelles on ne peut que subir et attendre que ça passe. En se jurant de ne jamais recommencer !


La Flégère se dresse fièrement et nous offre le dernier ravito du marathon. Là bas, à 5km, on voit déjà l'arrivée... Je retrouve au poste de secours une concurrente plus âgée que moi qui m'avait doublé dans l'ascension des Posettes, je m'étais dit en la voyant qu'elle pouvait être fière de sa performance. J'aimerai moi aussi pouvoir encore courir pour le plaisir dans 10 ou 15 ans et j'ai conscience qu'il faut, pour ça, apprendre à économiser la machine. Je ne suis pas du genre à brûler mes vaisseaux pour des honneurs immédiats et l'enfer à moyen terme. Les succès, je les ai eus quand il le fallait et aujourd'hui, si je ne performe pas, ce n'est pas la fin du monde. Je ne regrette jamais rien, j'analyse plutôt les erreurs lucidement, j'accepte ce que mon corps veut bien me donner dans l'effort mais j'avoue que quand il faudrait se dépouiller pour une dernière ligne droite et s'écrouler d'épuisement à l'arrivée, je préfère finir vite sans excès et sans creuser un vide en moi. J'ai déjà donné dans le genre, je ne cours plus pour ma carrière ni pour une équipe. Je cours pour moi seule et je ne rends de compte qu'à Delphyne. On s'arrange en douce....


J'en suis à 5h45... Les 6h me narguent mais je ne les aurai pas! Je bois 2 verres de boisson et je ne traîne pas dans les parages. Je déplie les jambes en trottinant sur le sentier et tout à coup, sans que je sache d'où ça vient, je me mets à courir comme une dératée. J'aime ces sentiers où il faut viser juste quand on pose le pied sur un petit rocher, évaluer le point d'équilibre, anticiper l'endroit où je pourrai doubler sans me faire mal, aller vite et se laisser griser. J'ai une force incroyable qui me pousse à courir sans que j'éprouve la moindre fatigue dans les jambes, j'ai le coeur à allure VMA (161 pour moi) et si je peux faire ça c'est qu'il me reste suffisamment d'énergie, j'ai bien géré ma course. Je ne réfléchis plus, je dis "gauche, gauche!" aux concurrents que je double pour éviter les frottements, il y a 3 ou 4 gars qui m'ont emboîté le pas et qui profitent de mon sillage, ça me pousse à continuer. Moi qui avait peur de craquer à cet endroit, peur de ne pas pouvoir courir, c'est le contraire. C'est là que mon passé et mes acquis de sportive de haut niveau ressortent, pour peu que je les entretiennent, ils me sont très utiles, tant physiquement que mentalement.


En revanche, dès qu'il faut marcher dans certaines montées, ça tire et ça fait mal. Mais l'arrivée se profile, une dernière petite bosse qui débouche sur une ultime descente avant l'ascension finale. Je me déporte dans les rhododendrons à gauche pour doubler une file de concurrents, certains ne veulent pas se pousser, c'est très agaçant, surtout quand ils voient que c'est une fille... Je reste polie alors qu'un type me reproche de le pousser et j'ai des noms d'oiseaux qui me viennent à l'esprit s'il insiste. Il y a la fatigue, l'énervement, la chaleur, je comprends mais tout de même, ils doivent prendre conscience que ceux qui doublent ont certes une meilleure forme mais doivent aussi faire des efforts supplémentaires et prendre aussi des risques pour éviter de les bousculer. L'odeur sucrée des résineux disparaît alors que j'aborde le dernier mur.


Ce n'est pas la peine de se dire d'y aller franco, la pente aurait raison de ma volonté, de mes muscles très rapidement. Mieux vaut monter à une allure régulière et réserver le finish pour le public nombreux tout en haut. C'est vraiment dur, il fait chaud, j'ai mal à la tête, les lèvres sèches, le souffle court et comme tous ceux juste avant moi : je m'accroche!


Au pied de la côte, il y a une américaine qui encourage les coureurs comme si sa vie en dépendait, comme si on lui avait dit qu'elle recevrait une balle en pleine tête si elle se taisait, elle encourage comme une américaine quoi! De loin, ça me porte sur les nerfs. Puis je me laisse bercer par ses cris d'encouragements et la remercie d'un "thank you" quand je passe à ses côtés, trop heureuse de m'être laissée porter par le son de sa voix. Ce sont des encouragements sincères finalement, généreux qui me touchent beaucoup. Et il y en a eu tellement tout au long de cette épreuve, j'ai remercié les gens du mieux que je pouvais d'un mot ou d'un hochement de tête. Ils ont donné de la voix pendant des heures, ils ne courent pas mais ils savent et ils nous supportent en nous encourageant chaleureusement. C'est formidable et je tiens à les remercier encore tous, du fond du coeur!!


François passe devant pour prendre des photos à l'arrivée, une fille me double en trombe, impossible de la suivre et je grimpe enfin ce dernier raidard sous les applaudissements des spectateurs avec la perspective d'une bonne bière fraîche à l'arrivée!
Voilà, 6h34! Je suis loin de mon objectif, je sais pourquoi et il n'y a rien à ajouter. Je termine ce fantastique marathon dans un bon état physique, mes chaussures ASICS m'ont portée de façon royale, je n'ai pas eu de coup de barre, j'ai senti un peu l'altitude à 2600m, je regarde l'objectif de François, heureuse d'avoir franchi la ligne avec le sourire.


Nous buvons une bière de concert, ça fait un bien fou!


En regardant les temps de passage après coup, il s'avère que j'ai fait une remontée incroyable depuis le 23ème kilomètre, doublant 216 concurrents et 14 dames. Je me classe 11ème V1 et 42ème dame. La première dame Stéphanie Jimenez est en 4h39, devançant la très sympathique Lisel Dissler en 4h47.


Sur mon 1er marathon trail en Ubaye, j'avais mis 6h11 sur un parcours avec autant de déniv positif que négatif. Et je n'étais pas en aussi bonne forme. Je pense que j'ai progressé un peu.


Au lendemain de l'épreuve, je suis partie faire 1h30 de vélo au plat, vraiment tranquille pour faire tourner les jambes, rien de tel pour la récupération. Quelques siestes et je pourrai bientôt reprendre les sorties à pied. Je ne me force pas, j'ai besoin de récupérer et de décompresser avant le mois de juillet, qui, professionnellement, sera très chargé. Peut-être que vous me verrez à l'ITT à Val d'Isère. Une petite distance, ça me tente (32km) mais ma présence là-bas dépend de beaucoup de choses, j'en saurai plus la semaine prochaine! Et grand repos en août. Ensuite, pas la peine d'y penser, c'est trop loin!


Ar'vi!


P.S: et pour les photos, impossible de sortir les miennes de l'appareil, j'ai donc dû "emprunter" celles de François. Désolée!






















dimanche 8 mai 2011

CUVERY, CROSS EN FAMILLE

Dimanche 8 mai, cross de Cuvéry : Les 2 petits costauds sont de la fête cette année : mon fils EGOR et son meilleur copain BLAISE se sont alignés sur 1 km en catégorie microbe. Fiers avec leur premier dossard sur le dos, ils ont reconnu le parcours en marchant avec moi puis se sont élancés en groupe plus tard. Je ne les ai hélas pas vus car j'étais en course avec ma fille au même moment. Ils ont couru tout le long, Blaise est tombé à cause d'un croche-patte mais ils sont arrivés avec le sourire aux lèvres, ils ont eu une médaille, une casquette et Egor a même gagné une poule en chocolat noir (délicieux!) au tirage au sort!!







Quant à ma fille Leyla, je lui avais proposé cette année, cadette en athlétisme, de faire les 13km. Bien qu'elle soit en reprise d'entrainement après la pause hivernale et qu'elle ait passé la semaine à Paris avec le centre de loisirs Aigle, elle s'est courageusement attelée au défi.


C'est elle qui a porté le dossard, moi je l'ai suivie pour lui tenir compagnie et la soutenir sur ce parcours finalement difficile pour une jeune fille de 15ans!


Armée d'un Suunto prêté par mes soins, la voilà prête au départ!!

Maman et sa fifille avant de partir. (oui elle est plus grande que moi...)



Avec 2 sorties de courses à pied, j'ai dit à Leyla que son objectif sur ce 13km était de terminer en moins de 1h30. Partie dans le rythme, je lui ai conseillé de s'occuper à toujours bien souffler pour éviter les points. Au fond de la combe de Merlogne quand la route forestière monte raide, elle devait courir au train le plus haut possible. Elle n'a marché que 200mètres. Ensuite, avant le 1er ravito sur le terrain vallonné, elle a récupéré. Je regardais chaque fois sa montre pour voir à combien était sa F.C.


Elle a bu un peu et elle est repartie. Là, son coeur s'est bien calmé jusqu'au 2ème ravito à Cuvéry où elle est passée en 40min.


A partir de là, je lui ai décrit le parcours à venir et conseillé de prendre un rythme qu'il lui faudrait tenir jusqu'en haut, au train, sans dépasser 175. Ce qu'elle a fait brillamment !! Elle soufflait bien, courait avec une belle foulée, appliquée comme elle l'est toujours!! J'étais impressionnée.




Nous sommes passées aux différents contrôles toujours animés par des bénévoles sympas et habitués. Et j'ai pu prendre des photos! Là, c'est le contrôle au sortir de la forêt avec des jonquilles sur le bord du chemin, très mignon!




Un petit coup à boire et ça repart! La température était douce, ciel voilé, idéal.



L'autre contrôle avec les encouragements à la cloche !! Merci à tous ces volontaires!




Leyla a bien avalé la partie montante au rythme que je lui avais donné, je courais à ses côtés, c'est elle qui faisait l'allure. Puis après la ferme de Retord, retour en descente sur le chemin, endroit délicat car il faut forcer pour aller vite et on a l'impression que le coeur va nous exploser dans la gorge!!



Leyla va réussir à bien s'accrocher, à se donner à fond sans avoir de point de côté handicapant et franchira la ligne d'arrivée en un temps de 1h25'44. Bravo à elle! J'étais très fière de ma fille! Elle venait d'atteindre son objectif et je ne m'attendais pas à ce qu'elle courre aussi bien, aussi vite et aussi longtemps. Quelles ressources elle peut cacher!! Sur la courbe du Suunto, on a pu voir qu'elle a fait 48min au seuil et 90% de sa course au dessus de 168. Pouls max à l'arrivée: 198.



Une petite photo souvenir avec la 1ère cadette Portefaix qui gagne en 1h17, une habituée du cross qui promet d'être une bonne séniore!!



La première femme est une anglaise SHAW qui gagne en 1h02; Bravo à elle!! Et bravo à ceux et celles (nombreuses) venus courir dans ce beau coin du Retord. Le 1er homme CHICHOUX est en 49min.



Et toujours des grandes félicitations à l'organisation dynamique, efficace et sympathique de la Valserine, du club de Bellegarde, des gens de Cuvéry-Retord. Les lots étaient superbes (séjour gratuit à Morzine), le tirage au sort intéressant avec animaux en chocolat, veste, shorts, sacs à dos, bâtons de marche à gagner. De quoi fidéliser les participants.



Les enfants reviendront c'est certain! J'ai remarqué qu'il y a beaucoup de petits puis très peu de cadets et ensuite beaucoup de séniors de nouveau. Tant mieux si les gens reviennent à la course à pied après 25ans, c'est tellement agréable !

















dimanche 31 octobre 2010

MARATHON WOMAN















Dimanche 31 octobre : marathon de Lausanne, 10h10. Objectif : 3h20



En train de préparer mon sac


C'est mon premier marathon. Ca fait une semaine que je me fais du souci, que je me demande comment faire, quelle tactique adopter, je questionne tous ceux et celles qui ont déjà couru la distance mythique histoire de me rassurer.




A Tignes sur le glacier, conditions magnifiques: neige fraîche, -5°




Pour fignoler la préparation, (c'est du 3ème degré..) je suis en stage de ski sur glacier à Tignes avec les jeunes de mon comité où je ne cours pas un kilomètre et quand je fais une séance de décrassage samedi, horreur! Les mollets me tirent affreusement, j'ai l'impression d'avoir perdu tout ce que j'avais fait auparavant, d'être une débutante. Ca ne me rassure pas du tout!


Je passe l'après midi du samedi à me masser les mollets, avec les jambes en l'air à regarder un film de Clint Eastwood "Gran Torino". Excellent film, il ne faut pas avoir peur des gros mots mais c'est du Eastwood pur jus, ça me détend. Je prépare mes affaires jusqu'à point d'heure, le stress me tient éveillée.


Je suis certaine d'avoir mieux dormi avant les courses des Jeux Olympiques !


Avec le décalage horaire français (1h de moins cette nuit), j'arrive sur la Suisse avec le soleil qui se lève timidement sur le lac.


Lausanne pour moi, c'est d'abord "la lumière du lac" de Bernard Clavel, grand écrivain récemment disparu, amoureux du Jura, qui parlait si justement de la lumière du lac Léman, particulière et mystérieuse, j'ai toujours remarqué cela en y passant.


Lausanne c'est aussi le siège du CIO. Je ne m'apesentirai pas sur les propos de ce cher Mr de Coubertin qui parlait des "femelles" plus à même de travailler en cuisine que de courir sur un terrain en short, il collait à la mysogynie ambiante de son début de siècle. Parions qu'aujourd'hui, il tiendrait un discours différent... Je lui laisse une chance...


Lausanne et ses illustres habitants artistes: Maurice Béjart y créa son corps de ballet de danse contemporaine. Regardez la chorégraphie qu'il a crée sur le "Boléro" de Ravel avec plusieurs interprètes différents; chacun y apporte sa touche : Maïa Plissetskaïa montre son humilité et une sensualité innocente, Jorge Donn y est généreux et fantastique, Sylvie Guillem offre toute sa puissance, sa technique, son autorité. Enivrant.


Charlie Chaplin y est mort je crois, David Bowie y a vécu un temps et j'en passe...


En entrant dans la ville, je passe devant la maison Phillip Moris (les cigarettes) que j'aimais bien fumer adolescente... Et oui, elles avaient bon goût! Personne n'est parfait.


Bref, les suisses dorment encore et la circulation est fluide. C'est toujours un bonheur pour moi de revenir en Suisse. Je sais que ce n'est pas l'avis des frontaliers sur Genève qui pestent contre les feux rouges et leurs radars. Mais il faut oublier qu'on est français en Suisse et adopter leur conduite en ville, souple, tranquille, respectueuse. Même s'ils ne nous pardonnent aucun écart...


Oui, je vais parler course à pied, deux secondes!


Je vais chercher mon dossard et récupère mon sac à surprises "tant que je peux encore marcher!" dis-je en plaisantant à la bénévole en place. Je ne crois pas si bien dire..


J'ai bien observé le profil de la course, ça monte et ça descend et je crains le vent dans le nez pour le retour... Je m'échauffe correctement, les jambes ont l'air d'aller. Dans le grand parc à côté du départ, il y a de l'ambiance: un groupe de personnes sur une scène font une séance de fitness en musique pour aider ceux qui le veulent à finir leur échauffement, ils ont du succès.


En prévision de la pluie, j'avais mis un tee-shirt à manches longues que je quitte avant le départ, je ne veux pas avoir trop chaud. Le mauvais temps est prévu seulement pour ce soir.


Comme je le disais, j'ai demandé des conseils à plusieurs personnes qui m'en ont donné d'excellents, notamment de partir doucement, de bien boire etc. Et à 5min du départ, je suis là encore à me demander quelle stratégie adopter.


Et je me place sur la ligne des 3h15. Je m'apercevrai dans 2h que j'ai fait toutes les erreurs qu'on m'avait conseillé d'éviter... Moi et mon esprit rebelle, il faut qu'on se calme de temps en temps et écouter humblement ce qu'on nous dit. Car sur ce premier marathon, j'ai manqué cruellement d'humilité! Tant pis pour moi. Pour le moment, je ne le sais pas et je fonce dans mon idée, entêtée, voulant toujours avoir raison et ne pas faire comme tout le monde...


Au poignet, j'ai un bracelet avec les temps de référence pour réaliser 3h15.
Au départ, avec le sourire.


Ca y est, le départ est donné!! Je suis bien. On part moins vite que je ne le pensais. Autour du donneur d'allure, les coureurs se pressent comme un essaim d'abeilles autour de sa reine.


Tout du long, les spectateurs seront sympas et encourageront chaleureusement, surtout les femmes. Merci! Ca descend beaucoup sur les 5 premiers kilomètres et j'ai peur pour le retour, il faudra remonter pas mal de dénivellé tout de même. Mais je profite du paysage, je me délecte. Le ballon est à une centaine de mètres devant moi. Le coeur monte doucement pour se stabiliser à 163, zone de VMA, je cours en 4'30 sur mille, un peu vite mais ça va alors... je continue.


On arrive près des coteaux où les vignerons font une pause pour nous regarder passer, il y a des orchestres musicaux ou de la sono de loin en loin au bord de la route, ça tient compagnie. Au 15ème kilomètre, ça va très bien, je cours en 4'13 avec le coeur à 168 je suis toujours bien mais je m'aperçois qu'on a le vent dans le dos...ce que je craignais pour le retour.


C'est en entrant dans Vevey qu'on croise les premiers qui sont sur le retour. Le premier du moment a de l'avance. La première femme est seule aussi. Et moi je commence à craquer. Je mange régulièrement, je bois mais je sens que mes jambes fatiguent. Et en quelques centaines de mètres, ça craque, c'est affreux, il n'y a rien à faire, ça tombe d'un coup et on se sent tellement petit alors! Je ressens les apports glucidiques et je fais un peu le yoyo dans mon allure. Le ballon des 3h15 est bien loin maintenant.


Je passe au 21km en 1h40, pas de quoi faire un fromage et en pensant au chemin du retour avec tout de même un profil un peu plus montant je trouve, (c'est très personnel) je me dis que je ne pourrai jamais atteindre mon objectif : 3h20. Au moment où on fait demi tour, quelqu'un dans le groupe dit "c'est maintenant que la course commence!" Je suis bien d'accord avec lui. Jusque là j'étais bien, prenant le temps de regarder le paysage, de sourire aux gens, de taper dans les mains des enfants. Et en sortant de la ville au 25ème kilomètre, c'est le coup de pompe. Ce sont les muscles qui pêchent : j'ai mal sous le pied gauche, sous le "coussinet", ça devient insensible puis à la longue, ça chauffe et ça fait très mal. Mal aux fessiers, au tenseur fascia lata et au vaste interne. C'est rare quand ce muscle tire, c'est mon point faible.


Marre de piétiner sur le macadam, une fatigue sournoise s'insinue. J'ai beau avoir des chaussures neuves, j'ai l'impression de courir avec des tatanes raplapla. Je me redresse, je regarde devant, je corrige ma technique mais d'imaginer ce qu'il me reste à faire me décourage.


Je croise les derniers du marathon et une vieille japonaise qui trottine les pieds au ras du sol. Je lui ressemblerai sous peu.


Le long du lac avec le vent dans le nez, je ne double personne mais tout le monde me double. Et je ne trouve personne à ma main pour me protéger du vent. Quand le ballon des 3h30 me double, j'essaie d'accrocher, j'y arriverai presque mais non, pas la tête pour ça. Et puis dans le sillage de l'essaim, je trouve une femme en short noir, Regina dossard 723 qui me double. Je me dis : celle-là, tu l'accroches pour relancer. Je l'accroche, ça me permet de relancer, je remonte ma vitesse (5'05) et je me mets en mode "hypnose" : je fixe son mollet droit et rien que cela pour ne rien voir à côté. J'ai décidé de ne plus regarder les kilomètres ni l'allure, je n'atteindrai pas mon objectif, donc advienne que pourra. Il faut rentrer...et courir.


Je cours ainsi derrière elle pendant presque 7 bornes puis je décroche en m'arrêtant. J'ai besoin de m'étirer, de faire une pause. Finie la bonne allure, je me retrouve seule et bien fatiguée. J'avais mal mais là ça va être encore pire, oui c'est possible!! En fait c'est l'effet combiné des muscles raidis à la limite des crampes (même les abdos!!) et de la fatigue du mouvement répétitif. Ca me rend folle. Je cours 2 kilomètres en à peu près 6'20 puis je ralentis ou je m'arrête un court moment et je repars. Je ne peux rien avaler, j'essaie pourtant d'avaler une topette énergie et 15min plus tard, j'ai envie de vomir.


A partir du 37ème kilomètre, ça va devenir aigü. Cette fatigue mentale, cette usure de la foulée monotone est parfois plus forte que le reste. Je ne sais plus comment courir. Résultat : je vais terminer le marathon en pleurant de fatigue pendant 3 kilomètres. Mon Dieu ces 3 kilomètres, comme ils m'ont paru longs, infinis, torturants, atroces. Oui, j'utilise des mots forts mais ceux qui l'ont vécu me comprendront, non? Surtout ceux qui en ont bavé à un moment ou à un autre.


Je pleure, les lignes droites sont horriblement droites et longues... Je pleure parce que ça fait mal, je me dis que je ne peux en supporter davantage mais il faut tout de même encore encaisser, encaisser, avancer. Quand je marche sur quelques mètres, des concurrents sympas m'encouragent et je repars. J'ai l'impression que plus les kilomètres défilent (lentement c'est vrai), plus je mets du temps à les parcourir.


Puis Alleluïa, le km 41 est en vue !! Je me dis "c'est le dernier, c'est le dernier!" Je suis envahie par l'émotion, je continue de pleurer mais je m'accroche, je grignote doucement cent mètres par cent mètres. Les photographes sont là, j'essaie de ne pas faire une tête trop affreuse, difficile! Puis au bout d'une ligne droite interminable, enfin, enfin!


L'arrivée.


Après l'arrivée, des larmes encore plein les yeux, ça me soulage.


3h52'31", bien loin de mon objectif irréaliste. Mais j'y suis parvenue nom de D..., mes p... de jambes ont eu du mal. J'ai mieux géré mon trail de 42km dans l'Ubaye qu'ici mais ça n'a rien à voir. Il faut s'adapter aux conditions physiques, mentales et climatiques, au profil, à la boucle.


C'est ce qui est passionnant avec la course à pied et plus encore avec le marathon: la variété. Il n'y a pas 2 marathons semblables, ce qui est vrai un jour, sera faux le lendemain.


Et je me rends compte que je n'ai pas su préparer la course, ne sachant pas vraiment de quoi il retournait. C'était mon baptême du feu! Pour le prochain, à mon avis, un travail de sape sur la route pour se mettre la distance dans les pattes est nécessaire avec des sorties de 3h/3h30 au seuil. Bon j'apprends, c'est la vie! Mais malgré le mal, la douleur, les larmes, je ne veux pas décourager ceux qui aimeraient essayer. Et ce serait également mensonger de dire que c'est une partie de plaisir. En ce moment, je marche comme une grand-mère. A 80ans, je m'en souviendrai...


Quand on aime la course à pied et qu'on veut se lancer un défi, le marathon fait partie des rêves tout comme les skieurs de fond rêvent de la Vasaloppet. J'avais cette idée de franchir cette distance un jour ou l'autre mais j'étais intimidée par l'énormité du projet, je manquais aussi de confiance en moi. Et en en parlant avec des passionnés, ils ont réussi à me transmettre leur enthousiasme et je m'y suis mise. Je suis fière de l'avoir fait.


Mais je laisserai le mot de la fin à ma mère, qui a toujours le mot pour rire (jaune) : "Est-ce que ça a réussi à te dégoûter de la course à pied?"

lundi 20 septembre 2010

TRAIL du BUGEY à BELLEY

Hello les amis,



A défaut d'avoir trouvé un coéquipier pour le marathon par 2 à Chambéry (heureusement car les retours sur cette course sont très mauvais: parcours changé au dernier moment, beaucoup de concurrents se sont trompés etc. Pas bon pour la réputation!) je suis allée à Belley courir le trail du Bugey et croyez-moi, je ne regrette pas!!


Bonne ambiance car plein d'amis sur le parcours.

Parcours typiquement bugiste dans les buis, les forêts aux arbres moussus, les petits chemins bien dégagés et marqués, peu de portions de route, un balisage au top avec les racines et les pierres dangereuses marqués à la bombe rose, la roche percée, la côte de St Germain, les champs de maïs, la petite côte casse-pattes avant l'arrivée, le terrain sec, les encouragements.

Organisation absolument parfaite et bien rodée depuis 9 ans, sympathie de tout le monde.


J'ai choisi de courir les 28km avec 500m+ de déniv, pas très raide donc très roulant, c'est ce qu'il me fallait.


Au départ, je me mets sur la ligne pour ne pas laisser des filles faire le trou. Mais j'avais à peine fait 100m que je faisais tomber la 2ème... Quelqu'un l'a serrée contre moi et je lui ai fait un croche-patte. J'étais désolée et me suis excusée platement. Heureusement, elle ne s'est pas fait mal. Je me mets dans sa roue et juste devant nous, la 1ère Marie-Aline Putz Perrier en jupette de sport, très élégante et fine, donne l'allure. Encore une fois, à côté de ces femmes minces, j'ai l'impression de ressembler à une allemande de l'Est de la grande époque..!!


Elles filent les 2 filles. Je les accroche sur 4km puis laisse tomber car on était en 4'20/km et c'était trop rapide pour moi. Mais ça m'a permis de faire le trou avec celles de derrière et je serai tranquille jusqu'à la fin.


Après 5km, on entre dans la forêt où la mousse des arbres tombe jusqu'à terre, ça donne un air fantastique au chemin, on croirait voir surgir des fantômes! C'est vallonné, ça monte, ça descend, ça donne la pêche, le chemin est à peu près sec, on passe sous la roche percée avant le 1er ravito, c'est très beau, les kilomètres défilent vite.


Au premier ravito, je ne vois plus les 2 premières depuis longtemps, je me concentre sur mon allure. Peu à peu, les hommes me doublent et souvent je me retrouve comme à mon habitude, entre 2 groupes: pas assez forte pour rattrapper celui de devant et en ligne de mire de celui de derrière. Mais je ne me retourne pas, je vais de l'avant, comme on dit!


A mi-parcours, j'attaque la principale difficulté du parcours qui passe comme une lettre à la Poste, une côte raide que je fais en marchant bien et qui me permets de revenir sur quelques hommes devant. Puis je passe en 1h23 au point culminant de la course. Il me reste environ 1h de course. Je grignote ma barre de pâte d'amande à la noix de coco (huuum, délicieuse!!) et bois ma boisson à l'orange. Je ne m'arrête pas aux ravitos.


Les jambes, ça va, le moral aussi. Je ne connais pas du tout le parcours et vers l'arrivée, un ami me double et me dit qu'il reste 5km. Il ajoute qu'il y a une bonne côte à 2km de l'arrivée et qu'elle peut faire mal. OK, j'essaie de le garder en point de mire sur le chemin entre les champs de maïs, je commence à avoir mal aux pattes, à avoir faim... Quand je pense aux 200g de pâtes ingurgitées la veille, au petit-déj du matin, je me demande comment je fais pour avoir faim! Je finis de grignoter ma barre au pied de la montée et la faire passer avec la boisson, il m'aura manqué 1 ou 2 topettes d'énergie pour bien finir.


Au début, la côte fait mal puis je prends le rythme et je la finis bien. Cette fois, je me retourne pour voir si une femme ne revient pas sur mes talons. Ca me ferait mal de me faire doubler si près du but!!


Mais la fin est douloureuse: les longues portions de route en faux plat me tuent et je lutte contre l'hypoglycémie de toutes mes forces. J'ai envie de m'asseoir et de dormir!! Je tiens le rythme de 5'45/km jusqu'à la ligne que je passe de justesse. 2h37 !


C'est ça qui est bon: aller côtoyer les limites, les dépasser, voir ce qu'on a dans le ventre, si on est encore capable de se faire mal (masochistes que nous sommes!!...) Quand ça va trop bien, on s'ennuie...


On me demande au micro pour donner mes impressions mais je me dirige plutôt vers le ravito où j'avale 2 verres de Coca (moi qui n'en boit jamais!!), où j'ingurgite des quartiers d'orange, des bananes, de l'eau. Ca va mieux et je vais parler un petit peu au micro. Je félicite les organisateurs, je promets de revenir l'an prochain où le plateau sera relevé car ils fêteront les 10ans de l'épreuve.


Je discute avec Marie-Aline qui gagne; elle m'explique qu'elle vient de la piste (d'où sa vitesse au plat!) et qui, bien que courant beaucoup, ne fait pas beaucoup de compétitions. Elle est très sympa. Et l'italienne est venue exprès ici, j'espère qu'elle nous fera une bonne pub.


On a eu droit aux douches chaudes et au repas tartiflette!
Les douches!
L'arrivée de la première dame des 56km, en 5h et qq. Bravo !!


Je retrouve peu à peu mes amis : Véronique habituée aux rivières en kayak qui termine 4ème, Jean Luc qui ne m'a pas rattrappée, Pascale qui fait 5ème et les autres. On mange ensemble, c'est très sympa, je prends des photos et je ramène surtout une bonne bouteille de rouge de chez Angelot, à faire vieillir pour bonifier...comme moi!!




Le podium des dames: Marie Aline Putz Perrier (à D) en 2h21 et une italienne de Courmayeur (celle que j'ai fait tomber...) à 5min devant moi.





Le podium des hommes (ne me demandez pas les noms...) le 1er est en 2h02.









dimanche 25 juillet 2010

TOUR MONT BLANC 2010

Cette année, je n'ai pas pu résister à l'envie de retourner sur le Tour du Mont blanc. Et cette fois, en privé avec ma fille et sa meilleure amie.




























Premier pique-nique au Plan des Dames.

Nous n'avons eu que du beau temps, pas trop chaud et les névés étaient nombreux, la faute à un mois de juin frais. J'avais adapté les étapes à leur niveau de jeunes filles de 14ans sportives malgré tout. Elles avaient bien respecté mes consignes pour faire leur sac en n'en mettant pas trop, si bien qu'elles n'ont eu aucune ampoule, ni de mal de jambe.



Col du Bonhomme
On a fait les Contamines - les Mottets / Les Mottets - Col Chécroui / Col Chécroui - Bonatti / Bonatti - La Fouly. Puis nous sommes rentrées à Chamonix en train. Sur le névé dans la descente du col des Fours


Belle surprise: des bouquetins après le col de Seigne

La guide et ses belles jambes bronzées...

L'an dernier (voir dans mes archives le CR du TMB 2009) c'est à un autre rythme que j'avais parcouru les sentiers. Et cette année, j'ai apprécié de marcher tranquillement en prenant le temps de regarder les fleurs, de décrire un paysage, d'admirer les animaux.





Mes ados n'étaient pas très causantes mais très gentilles et si le premier jour à été un peu dur et long, elles ont vite trouvé leur rythme dès le 2ème jour et nous avons bien marché.









Personne ne nous doublait dans les cols...sauf ceux qui s'entrainaient pour l'UTMB.




Ma fille a fait plein de photos (c'était sa "mission"). Nous aimions nous tremper les pieds dans l'eau glacée en fin de journée, idéal pour régénérer. La dent du géant, magnifique !!!
Devant le refuge BONATTI
Le joli dessert du refuge du même nom....

J'ai beaucoup aimé le refuge de l'Arp Vieille au dessus de Courmayeur et son patron très sympa, une cuisine italienne extra et un petit-déjeûner parfait! Il nous a logé dans un petit mas adorable où nous avons dormi tranquilles.
Au Grand col Ferret, dernier jour...


Nous avons fait des rencontres généreuses sur les chemins et j'étais un peu déçue de perdre mes amis de ballade à la Fouly. Il y a beaucoup d'américains sur le Tour. Les filles ont pu utiliser leur anglais et espagnol scolaire et ça les a motivées.













Les jolies vaches suisses


Le dernier jour, sur la ligne Martigny - Chamonix, nous avons découvert des paysages à couper le souffle! Les gorges du Trient profondes et impressionnantes, des petits coins perdus entre Suisse et France, des villages simples dans des endroits inaccessibles, bref, un environnement extraordinaire que je vous invite à visiter tôt ou tard!















A Chamonix, l'orage soudain avait chassé les touristes et nous sommes rentrées ravies. Les filles ont adoré, c'est le principal!!
Les filles attendent le train, fatiguées.
Trop fatiguée, ma fille n'a pas fait de photos du voyage en train, dommage!